Décembre 2016

Alcoologie et Addictologie 2016 ; 38 (4) : 273-384

275 Editorial

Le contrôle du tabac ou comment réduire la consommation de tabac
> Emmanuelle Béguinot


RECHERCHE
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277 "Réussir" son sevrage grâce à la qualité relationnelle

> Céline Brison, Philippe De Timary, Emmanuelle Zech
   
287 Prévalence de prise de médicaments psychotropes chez les personnes en difficulté avec l'alcool consultant en CSAPA

> Bertrand Nalpas, Benoît Fleury, Delphine Jarraud, Michel Craplet, Alain Rigaud
   
295 Le programme spirituel en 12 étapes, un vecteur de résilience ? Caractérisation d'un échantillon de membres des Alcooliques anonymes en fonction de leur résilience et de leur spiritualité

> Claire Hiernaux, Isabelle Varescon
   
MISE AU POINT
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305 La pleine conscience dans le traitement des addictions. Quelles perspectives pour la prise en charge du jeu pathologique ?

> Cora von Hammerstein, Amandine Luquiens, Yasser Khazaal, Amine Benyamina, Henri-Jean Aubin, Lucia Romo
   

IN MEMORIAM

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314

Colette Larue


> Martine Daoust, Jean-Dominique Favre

   
REGARD CRITIQUE
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315 La représentation de la femme buveuse à la radio française, de 1945 à nos jours

> Marine Beccarelli
   
AUDITION PUBLIQUE - Réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives
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Question 1 – En quoi et jusqu'où la RdRD est-elle un nouveau paradigme dans le champ des conduites addictives ?
   
323 Quel périmètre et quelles limites doit avoir la RdRD (vision internationale) ? Doit-elle porter sur la demande (les usages) ou intervenir aussi sur l'offre (l'accès aux produits et leur qualité) ?

> Marie Nougier
   
335 Quels sont les différents modèles de RdRD ? Quelle place la RdRD doit-elle avoir dans l'ensemble des interventions et dans la politique des drogues et des addictions en France ?

> Marie Jauffret-Roustide
   

Question 2 – Quelles sont les données probantes sur l'efficacité de la RdRD ?
   
349 Eléments sur l'efficacité des politiques de RdRD développées en France et à l'étranger depuis 30 ans

> François Beck, Cristina Diaz-Gomez, Anne-Claire Brisacier, Agnès Cadet-Tairou, Ivana Obradovic
   
RECHERCHE INTERNATIONALE
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375 Alcool, autres drogues et santé : connaissances scientifiques actuelles
  > Jean-Bernard Daeppen
   
VIE DE LA SFA
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379 Adhésion
380 Journées de la SFA 20174
382 Nouveaux membres
   
INFORMATIONS
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313 Annonces
347 Livres – Agenda
383 Index 2016


 

 

 

 

 

RESUMES DECEMBRE 2016 / ABSTRACTS DECEMBER 2016

 

"Réussir" son sevrage grâce à la qualité relationnelle

Céline Brison, Philippe De Timary, Emmanuelle Zech

Contexte : l'accompagnement en milieu hospitalier du sevrage alcoolique peut aller d'un suivi purement médical à une approche globale de la personne : physique, sociale et psychologique, au sein d'une équipe pluridisciplinaire. Objectif : cette étude évalue, de manière transversale aux suivis proposés, la manière dont la qualité relationnelle perçue par le patient influence le processus de changement de ce dernier, pendant sa cure, tant sur des symptômes associés à l'alcoolodépendance (craving, dépression, anxiété) que sur une dimension intrapsychique de développement personnel (l'auto-actualisation). Méthode : des questionnaires ont été distribués aux patients au début et à la fin d'une cure de sevrage en milieu hospitalier de trois semaines. Résultats : les analyses ne montrent aucune supériorité d'une approche thérapeutique par rapport à une autre. Au-delà du type d'approche, c'est la qualité relationnelle globale perçue par le patient qui semble expliquer entre 25 et 35 % des progrès constatés. La seule différence marquante dans le parcours des patients est le rôle central joué par l'interniste pendant l'hospitalisation dans l'approche purement médicale. Discussion : qu'elle soit ou non au centre du projet thérapeutique, la qualité relationnelle entre le patient et l'équipe soignante est une variable que l'on ne peut négliger.

Mots-clés : Qualité relationnelle – Empathie – Alcoolodépendance – Sevrage – Efficacité.

Withdrawal "success" thanks to relationship quality

Background: methods to accompany alcohol withdrawal within the hospital setting range from a strictly medical surveillance to an overarching approach that caters to the person in his entirety (physical, social and psychological) administered by a pluridisciplinary team. Objectives: this transversal study of current approaches evaluated how patient-perceived relationship quality influenced the process of change throughout his hospital stay. Patients evaluated their symptoms in relation to alcohol dependence (craving, depression, anxiety) as well as the intra-psychic dimension of personal development (self actualization). Methods: patients were asked to complete questionnaires distributed at the beginning and at the end of a three-week hospitalization for withdrawal. Results: statistical analyses showed no significant differences between any of the various therapeutic approaches. Beyond the type of approach, it is the overall relationship quality as perceived by the patient that seems to account for 25 to 35% of the observed progress. The only remarkable difference within the patients' trajectories is the central role that the internist plays throughout the hospital stay within the framework of a purely medical approach. Discussion: regardless of its place within the therapeutic project, relationship quality between the patient and the healthcare team is a variable that must be taken into account.

Key words: Relationship quality – Empathy – Alcohol dependence – Withdrawal – Efficacy.


Prévalence de prise de médicaments psychotropes chez les personnes en difficulté avec l'alcool consultant en CSAPA

Bertrand Nalpas, Benoît Fleury, Delphine Jarraud et al.

Objectif : des traitements médicaux pour la maladie alcoolique et des recommandations de prescription sont disponibles, mais les données sur l'utilisation des médicaments psychotropes chez les consommateurs excessifs avant et après sevrage sont rares. Méthode : un questionnaire anonyme a été distribué une semaine donnée aux sujets consultant dans 37 centres de soins spécialisés (CSAPA). Des données sociodémographiques, les addictions, les événements de vie récents, les médicaments psychotropes pris au cours des 12 derniers mois, la durée de traitement ont été recueillis. Résultats : 1 212 sujets ayant un problème d'alcool ont été inclus ; 17,2 % étaient primo-consultants. 70 % avaient reçu au moins un médicament au cours des 12 derniers mois et 57,4 % le prenaient encore au jour de l'enquête. Le médicament numéro un était l'oxazépam (18,6 % des consultants), puis l'acamprosate (13,7 %). Près d'un tiers des médicaments pris étaient des benzodiazépines. Devenir abstinent modifiait peu le traitement médicamenteux administré. Deux ans après le sevrage, 52,9 % des hommes et 69 % des femmes étaient encore sous traitement médicamenteux, majoritairement des anxiolytiques et des antidépresseurs. Conclusion : la prise de médicament est très fréquente chez les consultants pour problème d'alcool et n'est guère en rapport avec les recommandations prodiguées par les sociétés savantes. L'utilisation à long terme des médicaments après le sevrage suggère l'existence d'un transfert de dépendance.

Mots-clés : Mésusage d'alcool – Médicament psychotrope – Traitement – Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA).

Prevalence of psychotropic medicines use among alcoholics attending to addiction care centers

Aim: alcohol use disorders are a deep public health problem for which medical treatments and recommendations for use are available. As data on medicine use in alcoholics before or following withdrawal are scarce, we performed a survey on this topic. Method: an anonymous questionnaire was distributed during a given week to all subjects attending to 37 addiction care centers. Socio-demographic parameters, addiction status, recent life events, psychotropic medicines taken during the 12 previous months and length of treatment were recorded. Results: 1,212 alcoholics were recruited; 17.2% attended for the first time. 70% had been drug-treated during the previous 12 months and a drug-treatment was still on-going in 57.4%. The top one medicine was oxazepam, given to 18.6% then acamprosate in 13.7%; among the drugs prescribed, 32.1% were benzodiazepine. Becoming abstinent did not strongly change the drug-treatment profile. Two years after detoxification, 52.9% of men and 69% of women were still drug-treated mainly with anti-depressant and anti-anxiety. Conclusion: our survey showed that the prevalence of medicine use is high in alcoholics seeking for treatment and does not strongly fit with official recommendations. The long-term use of these medicines following detoxification suggests that a shift from alcohol to medicine dependence might exist.

Key words: Alcohol use disorder – Psychotropic medicine – Treatment – Outpatient addiction treatment unit.


Le programme spirituel en 12 étapes, un vecteur de résilience ? Caractérisation d'un échantillon de membres des Alcooliques anonymes en fonction de leur résilience et de leur spiritualité

Claire Hiernaux, Isabelle Varescon

Contexte : de nombreux individus dans le monde cherchent à remédier à leur alcoolisme en étudiant et appliquant le programme de rétablissement spirituel en 12 étapes des
Alcooliques anonymes (AA). Peu d'études ont analysé les mécanismes d'efficacité de la spiritualité des AA. L'article présenté en propose une description et en dégage des facteurs potentiels de résilience. Méthode : 55 membres des AA ont répondu à des échelles évaluant le niveau et les caractéristiques de leur participation aux AA, de leur spiritualité et de leur résilience. Des analyses de corrélation en composantes principales et de classification ont alors été entreprises. Résultats : les résultats montrent une corrélation positive (p < 0,05) entre la participation aux AA, la spiritualité et des composantes de la résilience. La résilience en lien avec la spiritualité des AA explique 18,5 % de la variance totale, soit près de cinq fois plus que dans l'échantillon de validation des concepteurs de l'outil d'évaluation de la résilience utilisé. Enfin, il a été établi que les individus les plus résilients étaient aussi ceux disposant d'une meilleure qualité relationnelle avec une puissance supérieure. Discussion : au-delà d'une simple méthode de maintien de l'abstinence, les 12 étapes spirituelles des AA sembleraient proposer un programme de résilience.

Mots-clés : Spiritualité – Résilience – Addiction – Alcoolisme – Entraide – Association.

The 12-step program, a driving force for resiliency? A specification of an Alcoholics Anonymous members sample according to their resiliency and spirituality

Background: two million alcoholics in the world try to overcome their alcohol issue by learning and applying the 12-step spiritual recovery program of Alcoholics Anonymous (AA). Very few studies have attempted to analyze the mechanisms of efficiency of AA spirituality. This article proposes a description of these mechanisms and highlights some potential resiliency factors of spirituality. Method: 55 AA members completed scales to estimate the intensity and caracteristics of their involvement in AA, their spirituality, and their resiliency. Correlation analysis, factors analysis and hierarchical clustering were undertaken. Results: the results proved a positive correlation (p < 0.05) between AA participation and spirituality and some resiliency components, and that resiliency variables related to AA spirituality explained 18.5% of the overall variance, which is almost five times higher than in the validation sample. It was also demonstrated that the most resilient people of this AA members sample were also the individuals who benefited from a better relationship with a higher Power. Conclusion: the spiritual 12-step program may be more than a method to achieve and maintain alcohol sobriety and may be understood as a resiliency program.

Key words: Spirituality – Resiliency – Addiction – Alcoholism – Self-help – Association.


La pleine conscience dans le traitement des addictions. Quelles perspectives pour la prise en charge du jeu pathologique ?

Cora von Hammerstein, Amandine Luquiens, Yasser Khazaal et al.

A ce jour, aucun médicament n'a l'autorisation de mise sur le marché pour le traitement du trouble lié à la pratique du jeu d'argent et de hasard, or les conséquences sanitaires et sociales du jeu pathologique, telles que le suicide, le surendettement, la perte d'emploi, la criminalité et les difficultés familiales qui peuvent en découler, sont lourdes. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont actuellement considérées comme étant le traitement de référence pour le jeu pathologique. Cependant, certains patients semblent être résistants aux TCC. De ce fait, nous nous sommes intéressés aux thérapies associant un entraînement à la pleine conscience (mindfulness) aux techniques de TCC, pour la prise en charge des personnes présentant un trouble lié à la pratique de jeu d'argent et de hasard.

Mots-clés : Jeu pathologique – Mindfulness based relapse prevention – Pleine conscience – Addiction.

Mindfulness based therapies in addiction. Their interest when problem gambling is at stake

Despite the important health consequences of problem gambling such as suicide, over-indeptedness, delinquency or family problems, there is currently no drug approval available for the treatment of problem gambling. Today, cognitive-behavioral therapies (CBT) are considered the "gold standard" for psychological treatment of problem gambling. However, some people seem resistant to CBT alone. New programs integrating mindfulness practices and CBT could be particularly promising as a treatment for problem gambling.

Key words: Gambling disorder – Mindfulness – Mindfulness based relapse prevention – Addiction.


La représentation de la femme buveuse à la radio française, de 1945 à nos jours

Marine Beccarelli

Parce que la consommation d'alcool est presque toujours évoquée dans les médias pour parler de consommation excessive, il est question dans cet article du traitement de l'alcoolisme féminin à la radio française, de la Libération jusqu'à nos jours, et des représentations que ce discours véhicule. Parle-t-on de la femme alcoolodépendante à la radio ? Si oui, comment ? Que cela révèle-t-il du regard porté sur la buveuse ? Comment ces représentations ont-elles évolué au cours de la période ? Autant de questions auxquelles cet article propose de répondre, à partir de l'analyse de trois types de programmes radiophoniques : les journaux d'information, les émissions de documentaires et les magazines consacrés à la santé. Après une analyse chronologique du traitement de la femme alcoolique par le médium radiophonique, de son invisibilité à son apparition soudaine à la fin des années 1970, le propos se focalise sur l'évolution des représentations de la buveuse véhiculées par la radio, en s'interrogeant sur l'existence d'une éventuelle levée du tabou autour de la maladie alcoolique au féminin.

Mots-clés : Alcool – Femme – Alcoolisme féminin – Emission radiophonique – Représentation médiatique – Histoire.

Representations of the alcoholic women in French radio broadcasts, from 1945 until today

When a medium deals with the consumption of alcohol, it is almost always about excessive drinking. This paper deals with the approach of female alcoholism in French radio, from 1945 until today, and with the representations this speech conveys. Do we speak about the alcoholic woman on the air, and if yes, how? What do these broadcasts reveal about the way society considers drinking women? How these representations have changed during that time? This paper intends to answer these questions, from the analysis of three types of radio broadcasts: news, documentaries and health magazines. After a chronological analysis of the alcoholic woman place in the radio medium, from her invisibility toward her sudden appearance in the late 1970's, this article focuses on the evolution of the drinking woman representations on the radio.

Key words: Alcohol – Woman – Female alcoholism – Radio broadcast – Media representation – History.


Quel périmètre et quelles limites doit avoir la RdRD (vision internationale) ? Doit-elle porter sur la demande (les usages) ou intervenir aussi sur l'offre (l'accès aux produits et leur qualité) ?

Marie Nougier

Les premières interventions de réduction des risques sont apparues dans les années 1970 en Europe et se sont depuis répandues dans la majorité des pays du monde. Malgré tout, des obstacles importants perdurent, parmi lesquels la couverture géographique de ces programmes, un manque de financements et de volonté politique au niveau tant national qu'international, peu de services adaptés aux besoins de certains groupes vulnérables, etc. Aujourd'hui, la réduction des risques doit être redéfinie non pas comme une liste d'interventions, mais comme une approche fondée sur des principes directeurs-clés : le respect des droits humains, de la dignité humaine et des preuves disponibles, la participation des usagers de drogues, et une remise en question des politiques et pratiques maximisant les dommages. Ces principes impliquent que la réduction des risques va bien au-delà de la prestation de services et nécessite une réforme des politiques et législations relatives à la drogue. Aujourd'hui, certaines expérimentations locales et nationales de réduction des risques ont déjà prouvé leur efficacité dans le domaine de l'usage (comme par exemple la décriminalisation de l'usage) et de l'offre (par exemple les clubs sociaux de cannabis ou la réglementation de certaines substances aux Etats-Unis, en Uruguay ou encore en Nouvelle-Zélande).

Mots-clés : Décriminalisation – Réglementation – Réforme politique – Droit humain – Santé.

What limits and what perimeter should be determined for risk and harm reduction from an international perspective? Should this only concern demand (users) or also include supply (access to substances and their quality)?

Interventions to reduce risks first appeared in Europe in the 1970's. Since then, they have spread to most countries throughout the world. However, major obstacles remain: 1/ geographic program distribution, 2/ lack of funding and of national as well as international political support, 3/ paucity of services specifically adapted to certain vulnerable populations, etc. Today, we must redefine risk reduction not as a list of interventions, but as an approach based on key guiding principles: the respect for human rights, for human dignity and of available data, the inclusion and participation of drug users and challenging policies and practices that increase harms. These principles imply that risk reduction should extend far beyond offering services, which would require a complete overhaul of drug-related policies and legislation. Currently, a few local and national risk reduction experiments have proven successful with respect to drug use (decriminalizing drug use, for example) as well as supply (for example, cannabis social clubs, or regulations concerning certain substances in the United States, Uruguay and New-Zealand).

Key words: Decriminalization – Regulations – Political Reforms – Human rights – Health.


Quels sont les différents modèles de RdRD ? Quelle place la RdRD doit-elle avoir dans l'ensemble des interventions et dans la politique des drogues et des addictions en France ?

Marie Jauffret-Roustide

La réduction des risques et des dommages (RdRD) opère un changement de paradigme qui rompt avec l'idéal d'éradication des drogues pour la société et l'imposition du sevrage pour l'individu, et qui promeut une approche de santé publique. La France se caractérise par un modèle médicalisé, plutôt neutre et intégrationniste de la RdRD, c'est-à-dire centré autour d'une vision biomédicale faisant de la France un modèle en matière d'accès aux traitements de substitution aux opiacés, neutre voire faible car prenant peu en compte l'environnement social et politique du risque en raison du maintien de la répression de l'usage, et intégrationniste car opposant les approches de RdRD au sevrage et à la psychothérapie. Ce modèle français a été efficace sur la diminution de la transmission du VIH chez les usagers de drogues, mais des résultats préoccupants sont à noter concernant les pratiques de partage du matériel d'injection et les difficultés d'accès aux seringues. Des évolutions sont en cours, mais une nouvelle ère de la RdRD est à inventer, avec la mise en place d'un modèle fort qui s'attache à réduire l'ensemble des dommages liés à l'usage de drogues, tant pour l'individu que pour la société, et un modèle gradualiste plus attentif à la diversité des besoins des usagers, intégrant le sevrage et la psychothérapie au cœur de la RdRD.

Mots-clés : Réduction des risques et des dommages (RdRD) – Politique publique – Valeur – Santé publique – Science politique.

What are the various risk and harm reduction models? What place should risk and harm reduction take within the scope of addiction interventions and drug policies in France?

Risk and harm reduction triggered a paradigm shift from an ideal of completely eradicating drugs from our society and mandatory abstinence for users to an approach that promotes public health. France is characterized by a weak medical model that integrates risk and harm reduction. Centered on a biomedical perspective, France serves as a model for access to opioid substitution treatment. This model's weakness is its persistent repression of use and lack of consideration for social environmental risk components. It is integrative since it balances risk and harm reduction with withdrawal and psychotherapy. This French model is effective against AIDS, but there are concerns about shared injection materials and difficulties accessing syringes. Despite ongoing evolution, a new era of risk and harm reduction must be invented. This would involve implementing a strong model focusing on reducing all harms related to drug use, for individuals as well as for society, and a gradualist model that is more attentive to diverse user needs, integrating withdrawal and psychotherapy into the heart of risk and harm reduction.

Key words: Risk and harm reduction – Public policy – Value – Public health – Political science.


Eléments sur l'efficacité des politiques de RdRD développées en France et à l'étranger depuis 30 ans

François Beck, Cristina Diaz-Gomez, Anne-Claire Brisacier et al.

Les politiques de réduction des risques et des dommages (RdRD) envers les usagers de drogues se sont fortement développées à partir des années 1980, en réponse à l'émergence du virus de l'immunodéficience humaine (VIH). La littérature sur l'impact des mesures les plus emblématiques (programmes d'échange de seringues, traitements de substitution…) sur la mortalité, la transmission des risques infectieux et les comportements à risque des usagers de drogues s'avère assez vaste. Cet article dresse l'état des connaissances sur l'efficacité de ces mesures phares, ainsi que d'autres interventions scientifiquement validées à partir des éléments de preuve les plus solides à l'échelon international, isolant les actions sur lesquelles de nouvelles recherches seraient nécessaires. La revue de la littérature scientifique est complétée par une analyse spécifique du dispositif national de RdRD et assortie d'un bilan général de l'impact de la politique menée en France depuis le milieu des années 1980. Enfin, l'article met en évidence un certain nombre de conditions nécessaires à l'efficacité des politiques (place des usagers dans la démarche d'accompagnement et de soins, principe d'aller au-devant des usagers les plus éloignés des soins, diversification et adaptation de l'offre des prestations de RdRD, acceptabilité des actions de RdRD) et pointe des défis majeurs (RdRD en milieu carcéral, élargissement de la RdRD aux nouveaux produits de synthèse, au cannabis, à l'alcool, au tabac et aux addictions comportementales).

Mots-clés : Réduction des risques et des dommages (RdRD) – Efficacité – Evaluation – Drogue illicite – Alcool – Tabac.

The effectiveness of the harm reduction policies developed in France and abroad for 30 years: a review

Harm reduction (HR) policies towards drug users have been substantially implemented since the 1980s, in response to the emergence of Human immunodeficiency virus (HIV). The scientific literature on the impact of the most emblematic measures (needle exchange programs, substitution treatments, etc.) on mortality, transmission of infectious risks and risk behaviours of drug users is quite extensive. This article reviews the state of knowledge on the effectiveness of these flagship measures as well as other evidence-based interventions at international level. It also aims to focus on actions on which further research would be needed. The scientific literature review is complemented by a specific analysis of the French HR framework and a general assessment of the impact of the policy implemented in France since the mid-1980s. Finally, this article highlights some essential factors contributing to the effectiveness of HR policies (users' role in providing support and care, outreach programmes towards users furthest from care, diversification and adaptation of HR provision, acceptability of HR measures) and identifies major challenges (HR in prison, taking into account new psychoactive substances, cannabis, alcohol, tobacco and behavioural addiction in HR issues).

Key words: Harm reduction – Effectiveness – Evaluation – Illicit drug – Alcohol – Tobacco.