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Alexandre le Grand et l'alcool

> Liappas JA, Lascaratos J, Fafouti S, Christodoulou GN.
Alexander the Great’s relationship with alcohol
Addiction 2003 ; 98 : 561-567
Départements de psychiatrie et d’histoire de la médecine, Université nationale d’Athènes, Grèce

Alexandre le Grand, proclamé par son armée “roi d’Asie”, voulut créer un empire universel. Il est mort devant Babylone à 33 ans… Les hypothèses sont multiples : a-t-il succombé à la malaria, à un empoisonnement, à une conspiration ou à un coup d’état ?
D’après de nombreux auteurs anciens et modernes, ce souverain consommait périodiquement de grandes quantités de vin, probablement responsables de dommages sur sa santé.
Une équipe des départements de psychiatrie et d’histoire de la médecine de l’université d’Athènes a tenté de clarifier le lien pathologique entre Alexandre le Grand et l’alcool. Les critères diagnostiques du DSMIV et de la CIM10, reproductibles quelle que soit la culture, ont été utilisés pour définir l’usage à risque, l’abus, la dépendance et l’intoxication à l’alcool. Le matériel clinique provient des textes historiques de Diodorus de Sicile, de Plutarque, Arrian, Curtius Rufus, Athenaeus, Aelian et Justin mais surtout des Journaux Royaux.
Dans l’Ancien Monde, l’abus d’alcool et ses conséquences médico-légales étaient un problème social. Les libations rituelles lors des banquets de l’époque homérique étaient une véritable institution centrée sur l’échange, l’élaboration intellectuelle ou les divertissements. La manière de boire était codifiée : dilution du vin dans les cercles sophistes à Athènes pour éviter les abus, désignation d’un maître de cérémonie comme dans Le banquet de Platon mettant en scène Socrate et ses disciples. Ces fêtes se terminaient dans l’ivresse aiguë ou dans le sommeil durant plusieurs jours.
En Macédoine, on consommait un vin pur appelé Akratos (moins fort que celui du sud de la Grèce). Le culte du Dieu Dyonisos était très suivi par la haute société et à la cour. Entre les batailles, les “bacchanales” étaient aussi une coutume présente dans la vie militaire. On commençait tôt dans la soirée, au son de trompettes, jusqu’au lendemain. Des compétitions étaient organisées par Alexandre le Grand lors de ses conquêtes en Inde, allant jusqu’à la mort des buveurs.Sa famille proche a été aussi accusée d’abuser d’alcool. Démosthène compare le roi Philippe, son père, à une éponge.
Alors, Alexandre le Grand était-il un usager à risque, un « abuseur » ou un alcoolo-dépendant? Aucun critère des classifications internationales n’est retrouvé cliniquement. Par contre, il présentait des signes d’intoxication à l’alcool (ivresses pathologiques durant ses fêtes avec comportement agressif, inadapté - il paradait ivre sur un chariot imitant le roi de Perse - labilité de l’humeur, trouble du jugement, incoordination psycho-motrice, trouble de la conscience…). Les symptômes étaient temporaires, réversibles et il regrettait ses actes.
Au XIX° siècle, Bosc pensa qu’Alexandre le Grand était mort des suites d’une crise comitiale et d’un delirium tremens. Cette hypothèse n’est pas retenue par la majorité des historiens. Il faut néanmoins rester vigilant quant aux sources. Les fameux Journaux Royaux étaient aussi des outils de propagande. Alexandre le Grand avait des ennemis mortels.
Finalement, on peut supposer que son rapport à l’alcool était d’origine festive, voire diplomatique, témoignant de sa volonté d’unification universelle même dans l’ivresse.

Dr M-D. Colas Benayoun
HIA Percy, Clamart