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La caféine neutralise-t-elle l'affaiblissement induit par l’alcool ? Ironie d'une telle attente

> Fillmore MT, Roach EL, Rice JT.
Does caffeine counteract alcohol-induced impairment? The ironic effects of expectancy
J. Stud. Alcohol 2002 November ; 63 : 745-754
Department of Psychology, University of Kentucky, Lexington, USA

La majorité des individus ont des idées préconçues quant aux effets immédiats de l’alcool sur les comportements sociaux, affectifs ou psychomoteurs. Ces croyances peuvent prédire les attitudes à risque du consommateur.
Une équipe du département de psychologie de l’Université du Kentucky a voulu tester l’évolution des performances psychomotrices de 42 volontaires sains âgés de 21 à 32 ans (dont 23 hommes), après administration d’alcool et de café. Certains présupposent que la caféine antagonise les effets délétères de l’alcool ; d’autres n’en attendent rien. Quel est objectivement l’impact d'une telle attente sur le comportement ?
La méthodologie : les sujets sont avertis par des annonces publicitaires. Ils sont sélectionnés par téléphone. Ils ne doivent pas avoir d’antécédents neuro-psychiatriques, de problèmes avec des toxiques ou de contre-indications à la prise d’alcool et de café. Ils consomment tous, occasionnellement, des quantités modérées d’alcool en société et du café quotidiennement. Des tests urinaires sont réalisés pour éliminer toute prise de psychotropes et une grossesse chez les femmes.
Ils sont répartis, de façon égale et randomisée, en 4 groupes recevant de l’alcool (0,65 g/kg) et une tasse de café contenant soit 4 mg/kg de caféine (C) soit un placebo (PC). Leur attente des effets antagonistes de la caféine sur l’alcool est orientée : deux groupes sont conditionnés pour croire à cette action neutralisante (C+ et PC+) et deux pour ne pas y croire (C- et PC-). Deux groupes-témoins sont inclus dans l’étude pour évaluer l’affaiblissement lié à l’alcool sans café. Le groupe A reçoit de l’alcool, PA un placebo.
Les candidats se familiarisent, sans café ni alcool, avec une épreuve informatisée évaluant les performances psychomotrices de base. Il s’agit de poursuivre une cible rotative sur un écran à l’aide de la souris durant 60 secondes. Le pourcentage moyen de temps sur la cible est calculé à chaque essai (%TOT). La performance des six groupes ne diffère pas avant le conditionnement.
Le test est passé en double aveugle. Ils doivent boire deux verres en 8 minutes (2 minutes par verre avec un intervalle de 6 minutes). Le café est bu immédiatement après le premier verre. Ensuite, ceux qui doivent être convaincus ou non d’une influence de la caféine sur les effets de l’alcool reçoivent des informations scientifiques par un assistant.
Les épreuves de la cible rotative sont passées 15 fois en trois heures et analysées sur cinq périodes (trois tests de 60 sec. séparés de 30 sec. à 20, 40, 60, 120 et 180 minutes). L’évolution de l’alcoolémie est suivie grâce à un éthylomètre (pic moyen de 0,75 g/l à la 60ème minute ; 0,8 étant le taux limite sanctionné aux USA chez les conducteurs).
Une évaluation subjective des effets des substances et de leurs croyances est réalisée grâce à des échelles analogiques avant et après l’expérience.
Les moyennes des résultats des épreuves de poursuite dans les six groupes sont rapportées dans la figure ci-dessous. Chaque diagramme représente en valeur relative l’amélioration ou la baisse des performances par rapport au score de base obtenu sans café ni alcool.
Quelle ironie ! : les sujets C-, qui ne croient pas aux effets du café sur l’alcool, ont de meilleures performances psychomotrices que ceux qui n’ont même pas bu d’alcool (PA) et ils ne ressentent pas d’affaiblissement. Les groupes C- et PC- n’ont pratiquement pas de fléchissement de leurs performances sur toute la durée de l’évaluation. L’évolution des performances est liée à la courbe ascendante puis descendante de l’alcoolémie. Les consommateurs d’alcool qui attendent de la caféine une amélioration de leur état (C+) manifestent une incoordination et une lenteur des gestes plus grandes que ceux du groupe C- et comparables au groupe A.
Les groupes C+ et PC+ perdent fortement leur capacité à la 60ème minute et restent sous leurs performances de base durant les trois heures. Ce constat était d’ailleurs l’hypothèse de départ des auteurs.
Le fait d’espérer une aide de la caféine pour moins ressentir l’affaiblissement lié à l’alcool ne permet peut-être pas d’élaborer une réponse adaptative. Il est préférable d’être clair sur l’effet délétère de ce toxique pour mieux le compenser et résister.
Finalement, pour ceux qui avaient encore un doute, la caféine n’a pas d’effet antagoniste significatif sur l’affaiblissement lié à l’alcool même à faible dose !

Dr M-D. Colas Benayoun
HIA Percy, Clamart