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Avancées des études d’imagerie cérébrale dans l’addiction...

> Daglish MR, Nutt DJ.
Brain imaging studies in human addicts
Eur Neuropsychopharmacol 2003 ; 13 (6) : 453-8


Les outils de neuroimagerie fonctionnelle (IRMf, TEP, TEMP) ont ouvert des perspectives prometteuses dans la compréhension des mécanismes neurochimiques de la dépendance. De façon remarquable, les études réalisées sur différentes populations d’usagers de substance d’abus, avec des méthodologies distinctes, ont montré l’implication des mêmes régions cérébrales (les cortex cingulaire antérieur et préfrontal impliqués dans l’attention et la saillance du stimulus associé au produit; le cortex orbito-frontal impliqué dans le craving et la perte de contrôle; l’hippocampe impliqué dans les processus de mémorisation et le noyau accumbens impliqué dans les phénomènes de récompense). De plus ces résultats sont en accord avec de nombreuses données précliniques.
Il existe deux types d’études d’imagerie neurofonctionnelle : les études d’activité neuronale ou activation (flux sanguin, métabolisme du glucose…) et les études de la fonction synaptique (utilisant des ligands spécifiques des systèmes de neurotransmission).
Les études d’activation analysant la réponse au produit ou à un stimulus lui étant associé ont établi que certaines de ces régions cérébrales sont activées et ceci même en absence de craving et sans spécificité de la substance d’abus utilisée (cocaïne, opioïdes, nicotine). Il est à noter que peu d’études se sont intéressées au sevrage.
La majorité des études d’imagerie de la fonction synaptique a concerné le rôle de la dopamine. Il ressort de ces études que les usagers de cocaïne présentent un « état hypodopaminergique » correspondant à une diminution de la fonction dopaminergique en basal et en réponse à une prise de cocaïne. La disponibilité des récepteurs D2 est également diminuée chez les patients alcoolodépendants, sans altération au niveau du transporteur de la dopamine. Cet « état hypodopaminergique » a aussi été retrouvé chez les sujets dépendants aux opiacés. Le développement d’autres ligands ciblant par exemple le récepteur GABAA a permis de montrer que les sujets alcoolodépendants présentent une diminution de la liaison de ligand spécifique du site de liaison des benzodiazépines. Des ligands des récepteurs des opiacés ont quant à eux permis de montrer que le système opioïde n’était pas simplement impliqué dans la dépendance aux opiacés mais aussi dans la dépendance à d’autres produits. Par exemple, la liaison d’un ligand spécifique des récepteurs mu des opiacés est corrélée au niveau de craving pour la cocaïne. Ce même ligand a aussi permis de démontrer clairement l’occupation des ces récepteurs mu par la buprénorphine chez les usagers d’opiacés.
Les résultats des études précliniques poussent à explorer d’autres protagonistes que la dopamine et les opiacés, cependant la réponse à cette attente par la neuroimagerie est retardée par le développement de nouveaux ligands et il reste encore de nombreux territoires encore non explorés dans le champ de l’addiction…

Mickaël Naassila
Groupe de Recherche sur l’Alcool et les Pharmacodépendances, GRAP, Amiens