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L’attente amplifie l’activation cérébrale et les effets renforçants des stimulants chez les usagers de cocaïne...

> Volkow ND, et al.
Expectation enhances the regional brain metabolic and the reinforcing effects of stimulants in cocaine abusers
J Neurosci 2003 ; 23 (36) : 11461-8


Les effets renforçants des substances d’abus sont le résultat d’interactions complexes entre les effets pharmacologiques et les réponses conditionnées. Ces variables non pharmacologiques constituent l’attente des effets de la substance, qui en retour module les réponses à cette substance. Par exemple, chez les usagers d’une substance d’abus, les réponses subjectives à la substance sont d’autant plus agréables que les usagers s’attendent à la consommer. Ce phénomène semble jouer un rôle crucial dans l’étude des effets des substances d’abus car de nombreuses études réalisées chez l’animal ont souligné par exemple que la libération de dopamine induite par la cocaïne dans le noyau accumbens est plus importante lorsque l’animal reçoit la cocaïne dans un environnement où il l’a déjà reçu, comparativement à un nouvel environnement, ou lorsque la cocaïne est administrée de façon volontaire, comparativement à une administration forçée.
Les effets de l’attente sur la réponse du cerveau humain aux substances d’abus n’ont jamais été étudiés.
Nora Volkow et al., ont récemment évalué comment l’attente affecte la réponse au méthylphénidate (MP), un psychostimulant, bloqueur du transporteur de la dopamine, chez 25 usagers de cocaïne. Ces auteurs ont utilisé la Tomographie d'Emission de Positons (TEP) avec une mesure du métabolisme cérébral régional du glucose.
Les effets du MP (0.5 mg/kg i.v.) ont été mesurés sur l’activation cérébrale et sur ses effets renforçants, lorsque les usagers de cocaïne s’attendaient, ou non, à le recevoir. Les résultats ont montré que le MP augmente l’activation cérébrale et que les effets les plus importants sont obtenus dans le cervelet, le cortex occipital et le thalamus.
L’augmentation du métabolisme est plus importante (~50%) lorsque les sujets s’attendent à recevoir le MP et cette différence entre « MP attendu » et « MP non attendu » est significative dans le cervelet et le thalamus. Par contre, lorsque le MP n’était pas attendu l’activation du cortex orbitofrontal gauche a été plus importante que lorsqu’il n’était pas attendu.
Les augmentations induites par le MP de la sensation de « high » ont également été de 50% supérieures lorsque les sujets s’attendaient à le recevoir et ont été significativement corrélées à l’augmentation du métabolisme dans le thalamus mais pas dans le cervelet.
Ces résultats démontrent que l’attente amplifie les effets du MP dans le cerveau ainsi que ses effets renforçants. Ils suggèrent également que le thalamus, une région impliquée dans les réponses conditionnées, interviendrait dans l’amplification des effets du MP par l’attente ; alors que le cortex orbitofrontal interviendrait quant à lui dans la réponse au « renforcement inattendu ».
Cette étude montre donc que les effets renforçants des substances d’abus ne dépendent pas seulement de leurs effets pharmacologiques, mais aussi de l’attente de leurs effets. Il est important de souligner qu’une des limites de cette étude réside dans le fait que les mesures métaboliques sont des mesures indirectes des effets du MP, et qu’on ne peut donc pas déterminer si l’amplification induite par l’attente reflète une amplification des effets du MP sur la dopamine (ou la noradrénaline).

Mickaël Naassila
Groupe de Recherche sur l’Alcool et les Pharmacodépendances, GRAP, Amiens