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Une seule exposition in vivo à une faible dose de delta9THC bloque la plasticité synaptique médiée par les endocannabinoïdes

> Mato S, anzoni OJ et al..
A single in-vivo exposure to delta9THC blocks endocannabinoid-mediated synaptic plasticity
Nat Neurosci 2004 ; 7 : 585-6


Plusieurs travaux ont déjà montré qu’une seule exposition aux drogues d’abus (cocaïne et éthanol) peut altérer la plasticité synaptique dans le système cérébral de récompense. Une étude récente menée chez la souris, dans l’équipe d’Olivier Manzoni (Bordeaux), s’est intéressée aux effets d’une seule exposition au delta9THC (3 mg/kg), principal ingrédient psychoactif du cannabis, dans le noyau accumbens (Nacc) et l’hippocampe. Ces deux structures présentent des formes de plasticité synaptique de longue durée faisant intervenir les endocannabinoïdes (endoCB).
L’activation répétée des afférences du cortex prélimbique se projetant dans le Nacc induit une dépression à long terme (endoCB-LTD) de la transmission excitatrice médiée par les endoCB et constituerait une boucle de rétrocontrôle négatif réduisant l’efficacité de la transmission glutamatergique pendant une activité corticale soutenue. Dans l’hippocampe, les endoCB induisent une dépression à long terme de la transmission synaptique inhibitrice (I-LTD), un mécanisme qui pourrait jouer un rôle dans les effets du cannabis sur l’apprentissage et la mémorisation.
Dans cette étude, des coupes de cerveau ont été préparées 15 à 20 heures après injection in vivo d’une unique faible dose de delta9THC (3 mg/kg) et des mesures extracellulaires de potentiels postdues excitateurs (fEPSPs) et de courants postsynaptiques inhibiteurs (IPSCs) ont été réalisées dans le Nacc et l’hippocampe, respectivement.
Les résultats montrent que ces deux formes de plasticité synaptique sont totalement abolies par l’injection de delta9THC. Cet effet est réversible puisque ces deux formes de plasticité sont tout à fait normales lorsque les coupes sont réalisées 3 jours après l’injection. De plus, l’effet du delta9THC est complètement prévenu par le traitement avec un antagoniste sélectif du récepteur CB1 des cannabinoïdes, le SR141716A (1 mg/kg) 30 minutes avant l’injection de delta9THC, démontrant que le récepteur de type 1 des endoCB (CB1) joue un rôle dans le blocage de la plasticité synaptique induit par le delta9THC. D’autres expériences ont permis d’établir que les mécanismes moléculaires/cellulaires impliqués ne font pas intervenir de déficit dans l’efficacité du couplage des récepteurs CB1 avec les protéines de transduction Gi/o ou de diminution du nombre de récepteurs CB1. Par contre, une modification fonctionnelle des récepteurs CB1 est observée puisque la dépression synaptique induite par le CP55940, agoniste des récepteurs CB1, est diminuée chez les souris traitées avec le delta9THC, suggérant ainsi un phénomène de tolérance. Cette tolérance fonctionnelle des récepteurs CB1 pourrait donc intervenir dans cette suppression de la plasticité synaptique médiée par les endoCB après injection aiguë de delta9THC.
Cette étude démontre qu’une seule injection de delta9THC, à faible dose, a des répercussions profondes, même si elles ne sont que transitoires, sur la plasticité synaptique qui a lieu dans des régions cérébrales jouant un rôle clé dans les phénomènes de récompense et d’apprentissage. Elle révèle ainsi un mécanisme par lequel l’ingrédient psychoactif du cannabis pourrait altérer les fonctions cognitives et les comportements motivationnels.

Mickaël Naassila, PhD
Groupe de Recherche sur l’Alcool et les Pharmacodépendances, JE-GRAP, Amiens