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Recherche de l’association entre la consommation de cigarettes et la schizophrénie dans une enquête de cohorte

> Zammit S et al.
Investigating the association between cigarette smoking and schizophrenia in a cohort study
Am J Psychiatry 2003 ; 160(12) : 2216-2221


Il est souvent admis que les patients schizophrènes fument plus de cigarettes que la population générale. Quel effet a une consommation de tabac dès l’adolescence sur le risque de déclenchement psychotique?
Une équipe de Cardiff (UK) a tenté de répondre à cette question en réalisant une étude longitudinale historique sur une cohorte de 50087 conscrits suédois âgés de 18 à 20 ans dans les années 1969-1970.
Grâce à différents registres militaires et hospitaliers, les auteurs ont pu suivre de 1970 à 1996 l’histoire médico-psychologique de ces hommes fumeurs (59%) ou non. Après 27 ans de suivi, 0,74% des fumeurs et 0,68% des non fumeurs ont développé une schizophrénie. Une analyse multivariée a estimé un risque relatif ajusté (RRa) en tenant compte de 10 facteurs de confusion comme : l’intégration sociale, l’usage de drogue, le diagnostic de la CIM8, le QI faible, les troubles du comportement, l’histoire familiale, les problèmes d’alcool, le type d’éducation, le faible statut socio-économique familial et la faible qualification professionnelle du père.
Il apparaît ainsi qu’une consommation modérée (11 à 20) voire forte (³ 20) de cigarettes réduit significativement le risque de schizophrénie 5 ans après la fin de la conscription (RRa : 0,8). Cette tendance n’est pas vérifiable pour les autres troubles psychotiques. Les variables ayant une influence significative sur ces calculs de risque sont surtout le QI et l’utilisation de drogues.
Finalement, il est possible que le fait de fumer du tabac soit un facteur protecteur indépendant par rapport à l’émergence d’une schizophrénie ou d’autres affections (Parkinson notamment d’après certaines études). Les études sur le modèle animal suggèrent la possibilité d’un effet neuroprotecteur de la nicotine et de l’inhibiteur de la monoamine oxydase contenue dans la fumée de tabac. Les récepteurs nicotiniques α4β2 et α7 de l’acétylcholine seraient impliqués aussi bien dans les effets de la nicotine que dans les processus biologiques de la schizophrénie via la dopamine. Une hypothèse est donc envisagée : la nicotine peut réduire les symptômes négatifs de la schizophrénie en augmentant la libération de dopamine dans le cortex préfrontal.
Ces résultats sont évidemment à considérer avec beaucoup de précaution. Ils n’effacent pas les effets délétères de la cigarette...

Dr MD. Colas-Benayoun
Clamart