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Traitement de l’alcoolisme par les plantes : promesses et pièges probables

> Overstreet DH et al.
Herbal remedies for acoholism : promises and possible pitfalls.
Alcoholism : clinical and experimental research 2003 ; 27(2) : 177-185


Le traitement de l’alcoolisme par les plantes remonte déjà à plusieurs siècles en Chine (Li, 1560). Parmi les remèdes les plus communément retrouvés, nous notons les racines de kudzu (Pueraria lobata), à partir desquelles sont isolés deux principes actifs : la daidzine et le NPI-031G. En Europe, les extraits de millepertuis (Hypericum perforatum, HPE) sont utilisés depuis longtemps pour réduire les symptômes de dépression modérée.
La daidzine a été la première à montrer un effet suppresseur de la consommation d’alcool chez des hamsters, puis chez d’autres animaux. Elle module l’activité d’une voie encore inconnue, catabolisée par l’aldéhyde déshydrogénase mitochondriale hépatique (ALDH-2) et participerait au métabolisme des monoamines, notamment en détournant une partie du flux de 5-HT, spécifiquement au niveau hépatique. D’une certaine façon la daidzine simulerait les effets de l’éthanol sur le métabolisme 5-HT, le foie étant l’organe cible principal.
La puérarine ou NPI-031G est l’isoflavonoïde le plus concentré dans le kudzu. Il a fait la preuve de son efficacité par voie orale chez les rats et a montré également une réduction des comportements anxieux. Cette donnée clinique a conduit à rechercher une médiation de ces effets par un antagonisme BZD et 5-HT2C. Le NPI-031G semble être un antagoniste faible des récepteurs BZD. Très peu d’études ont été menées sur le NPI-031G et l’action sur les récepteurs 5-HT2C est peu claire.
Les extraits de millepertuis augmentent le taux de sérotonine, de dopamine, de norépinéphrine et de GABA dans le cerveau. Posant l’hypothèse de similarités au niveau sérotoninergique dans la physiopathologie de la dépression et de l’alcoolisme, plusieurs études sur des rats ont testé l’efficacité de ces extraits par administration orale. Il en est ressorti une réduction significative et dose dépendante de la consommation d’alcool, mais également des reprises de consommation après sevrage, ainsi qu’une absence de développement de phénomènes de tolérance aux effets suppresseurs de l’HPE. Le comportement global est respecté et il semble exister un effet synergique avec les antagonistes aux récepteurs opiacés.
En somme, la daidzine, le NPI-031G et les extraits d’Hypericum perforatum sont actifs sur la réduction de la consommation d’alcool dans plusieurs modèles animaux. Ces effets suppresseurs ont persisté dans des traitements chroniques, contrairement aux antagonistes opiacés. Le mécanisme d’action du HPE doit encore être découvert ; l’inhibition des voies oxydatives du système monoaminergique pourrait participer aux effets de la daidzine ; l’antagonisme aux récepteurs BZD et 5-HT2C pourrait être impliqué dans l’action du NPI-031G. Dans tous les cas, la grande efficacité et la faible toxicité de ces agents dans les modèles animaux devraient inciter à des études cliniques chez l’homme.
Plusieurs questions restent en suspens : utilisation seule ou traitement adjuvant (avec la naltrexone notamment) ? Accès libre ou médicalement contrôlé ?

Dr B.Lahutte
Clamart