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Importance de la corrélation entre consommation de tabac, dépendance a la nicotine et sévérité du syndrome d’alcoolodépendance sur un échantillon de population

> John U et al.
Strength of the relationship between tobacco smoking, nicotine dependence and the severity of alcohol dependence syndrome criteria in a population-based sample.
Alcohol and Alcoholism 2003 ; 38(6) : 606-612


Plusieurs études ont prouvé qu’un tabagisme chronique peut augmenter la tolérance à l’alcool et en accroître le métabolisme. Cependant, nous savons peu de choses concernant les effets du tabagisme et de la dépendance à la nicotine sur le développement de l’alcoolodépendance, ainsi que sur la façon dont ils pourraient entraver le processus de maintien de l’abstinence.
Le but de cette étude est de déterminer si l’alcoolodépendance croît avec le nombre de cigarettes consommées, l’ancienneté de la consommation et l’estimation de la dépendance à la nicotine.
Sur un échantillon randomisé d’une population non institutionnalisée du nord de l’Allemagne, fixé à 4075 personnes, 761 sujets tabagiques anciens ou actuels sont recensés (selon les critères du DSM-IV). Les critères de sévérité d’alcoolodépendance sont déterminés par l’échelle SESA.
L’analyse des données montre une corrélation claire entre l'état actuel du tabagisme, le nombre de cigarettes consommées quotidiennement et la sévérité de l’alcoolodépendance.
Les patients qui ont une consommation de 30 cigarettes par jour sont deux fois plus susceptibles de présenter une alcoolodépendance sévère que ceux qui en fument moins de 20. Il en est de même pour ceux qui ont fumé pendant plus de 25 ans, par rapport au groupe de ceux qui ont fumé moins de 5 ans.
Un grand nombre d’années de consommation, un début précoce, l’absence de tentative d’interruption, un grand nombre de symptômes de dépendance à la nicotine sont corrélés dans cette étude à un haut score de sévérité de l’alcoolodépendance.
L’arrêt du tabagisme pourrait donc influer sur la modération ou l’arrêt de la consommation d’alcool.
En pratique, le sous groupe des patients ayant commencé tôt leur consommation de tabac semble particulièrement à risque de co-dépendance, ce qui nous fait souligner l'inadéquation des techniques de prévention actuelles pour ces catégories de population.
Par ailleurs, les patients sévèrement alcoolodépendants essaient souvent d’arrêter leur tabagisme, mais échouent. Des interventions plus intenses seraient donc justifiées.
Un lien de causalité semble toutefois difficile à établir, cette étude ne montrant que des relations dose-réponse, sans distinguer l’agent de la réponse.
Une hypothèse serait l’existence d’une vulnérabilité à une dépendance sévère aux deux substances. Ainsi, une consommation précoce serait une réponse à cette vulnérabilité. Une autre hypothèse serait l’existence d’une prédisposition à une dépendance sévère ; les interactions des deux substances pourraient alors renforcer leur usage réciproque.
Des études longitudinales prospectives sur des enfants n’ayant pas débuté leur tabagisme permettraient de distinguer les implications génétiques et familiales.

Dr B. Lahutte
Clamart