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Quantification post-mortem par autoradiographie des récepteurs D1 de la dopamine dans le cerveau des patients alcoolodépendants de type 1 et 2

> Tupala E, Tiihonen J.
Striatal dopamine D(1) receptors in type 1 and 2 alcoholics measured with human whole hemisphere autoradiography
Brain Res 2005 ; 1031 : 20-9


Le rôle du système dopaminergique dans les mécanismes cérébraux de la récompense est connu depuis plus de trois décennies. L’éthanol, comme la plupart des drogues d’abus, potentialise indirectement la transmission dopaminergique dans le circuit de la récompense en augmentant la concentration extracellulaire de dopamine. De très nombreuses études précliniques ont impliqué une altération de la transmission dopaminergique ainsi que les différents récepteurs de la dopamine dans l’alcoolodépendance. Cependant, peu d’études chez l’homme ont étudié l’implication d’un type spécifique de récepteur dopaminergique dans l’altération du système dopaminergique liée à l’abus d’éthanol.
Erkki Tupala et ses collaborateurs ont publié une série de publications dont la dernière dans Brain research, dans laquelle ils ont utilisé la technique d’autoradiographie consistant en un marquage de coupes cérébrales avec un radioligand se liant spécifiquement à un type de récepteur dopaminergique. Les marquages ont été réalisés sur des coupes de cerveau prélevé post-mortem sur des patients contrôles et alcoolodépendants (type 1 et 2 de Cloninger). Ces auteurs ont ainsi déjà montré que les patients alcoolodépendants de type 1 présentent une diminution du transporteur de la dopamine (DAT) et du récepteur D2 (mais pas des D1 et D3) dans le noyau accumbens et l’amygdale, alors qu’il n’y a aucune différence entre les contrôles et le type 2. Ces résultats soulignaient l’importance de la classification de ces sous-groupes lorsque l’on s’intéresse au système dopaminergique, puisqu'une plus faible densité spécifiquement des récepteurs dopaminergique D2 et du DAT était retrouvée exclusivement dans le groupe de type 1.
Dans la présente étude, les mêmes auteurs ont étudié la densité des récepteurs D1 avec le SCH 23390 tritié sur des coupes d’hémisphères cérébraux entiers de sujets contrôles (n = 10) et de patients alcoolodépendants de type 1 (n = 9) et de type 2 (n = 8). Il faut noter que la plupart des patients alcoolodépendants étaient intoxiqués au moment de leur mort. Les résultats montrent qu’il n’y a aucune différence significative dans la densité des récepteurs D1 entre les différents groupes. Cependant, même si elle n’est pas significative, les auteurs ont observé une diminution de 19-25 % de la densité des récepteurs dans le striatum. D’autre part, parmi les groupes de patients alcoolodépendants, il existe une corrélation entre la densité des récepteurs D1 dans le noyau accumbens et et les structures striatales dorsales (noyau caudé et putamen) alors qu’elle n’existe pas chez les contrôles suggérant ainsi une altération de la densité des récepteurs D1 liée à l’addiction. Cette corrélation positive chez les patients alcoolodépendants relève donc certainement de la pathologie puisque dans un cerveau normal l’hétérogénéité entre les sites de liaison et les différentes régions cérébrales est plus grande. Il a par ailleurs été montré dans une étude utilisant la tomographie d'émission monophotonique que les ratios de liaison striatale (striatum/cervelet) vs extra-striatale (pôle temporal/cervelet) de récepteur D2 sont corrélés uniquement chez les alcoolodépendants de type 1 mais pas chez les contrôles.
Au total les résultats de la présente étude montrent que les récepteurs D1 de la dopamine sont plus abondants dans le noyau accumbens que dans le noyau caudé et le putamen et qu’il y a une forte tendance à la baisse de la densité de ces récepteurs chez les alcoolodépendants de type 1, soulignant donc l’importance de ces récepteurs dans la récompense et l’addiction. Des études complémentaires sont nécessaires pour préciser le rôle de ces récepteurs dans le contexte de l’alcoolodépendance.

M. Naassila, PhD
mickael.naassila@u-picardie.fr
Groupe de Recherche sur l’Alcool et les Pharmacodépendances, JE-GRAP, Amiens