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Tabagisme, comportement suicidaire et fonction sérotoninergique dans les troubles psychiatriques majeurs

> Malone KM, Waternaux C, Hass GL, Cooper TB, Li S, Mann JJ.
Cigarette smoking, suicidal behavior, and serotonin function in major psychiatric disorders.
Am J Psychiatry 2003 ; 160 (4) : 773-779
St. Vincent's University Hospital, Dublin, Ireland

Quel est le lien biologique entre tabagisme, comportements auto- ou hétéroagressifs et troubles psychiatriques majeurs ?
Une équipe de chercheurs a étudié, à l'université de New York et de Pittsburgh, l'évolution de la fonction sérotoninergique in vivo, chez des patients déprimés aux antécédents de comportements agressifs et / ou de dépendance au tabac.
Les 347 sujets de l'étude avaient un trouble psychiatrique (175 déprimés dont 90 fumeurs, 127 schizophrènes dont 70 fumeurs et 45 avec d'autres troubles dont 33 fumeurs). 53% avaient des antécédents de tentative de suicide (69% sont fumeurs). L'évaluation de la fonction sérotoninergique a été réalisée en utilisant soit le test à la fenfluramine (mesure de la réponse maximale de la prolactine plasmatique chez 41% des sujets), soit le dosage dans le LCR du métabolite de la sérotonine (taux d'acide 5-hydroxy-indoleacétique = 5-HIAA mesuré chez 26% des candidats), ou les deux techniques. Les dosages ont été réalisés à distance de la prise de toxiques ou de psychotropes.
Le sous-groupe de 162 patients déprimés (scores les plus hauts au Hamilton) a été choisi pour analyser le rapport entre la consommation de cigarettes et le fonctionnement sérotoninergique.
Les fumeurs ont plus d'antécédents de tentative de suicide (OR=2,60), d'idéations suicidaires et un score d'agression sur la vie entière plus élevé. La quantité de cigarettes fumées chroniquement et le taux des indicateurs de la fonction sérotoninergique sont inversement proportionnels. Dans les comportements auto ou hétéroagressifs comme dans le tabagisme chronique, le taux de 5-HIAA est plus bas dans l'hippocampe et le raphé médian ; la densité des récepteurs 5-HIAA y est plus forte. Mais le lien de causalité reste à établir entre ces comportements et cette détérioration biologique.
Il s'agirait probablement d'une vulnérabilité liée au faible turn over de la sérotonine dans le cerveau. Le sujet, plus sensible aux effets de la nicotine sur les circuits sérotoninergiques, aurait plus de risque suicidaire au cours d'une dépression. Certains auteurs auraient fait l'hypothèse d'une prédisposition génétique pour l'association dépression / tabagisme.
D'autres investigations sont nécessaires pour évaluer la fonction sérotoninergique, ses implications génétiques dans d'autres pathologies psychiatriques et le rôle des antidépresseurs dans le tabagisme et le risque suicidaire.

Dr M-D. Colas Benayoun
Service de psychiatrie, HIA Percy, Clamart