Actualité internationaleAbstracts précédentsAdministration

Corrélation entre le craving pour l’alcool et le système dopaminergique chez les patients alcoolodépendants sevrés

> Heinz A et al.
Correlation of alcohol craving with striatal dopamine synthesis capacity and D2/3 receptor availability: a combined [18F]DOPA and [18F]DMFP PET study in detoxified alcoholic patients.
Am J Psychiatry 2005 ; 162 (8) : 1515-20


Les résultats d’études de microdialyse cérébrale chez le rat et d’imagerie cérébrale (utilisant la tomographie d'émission monophotonique, TEP) chez l’homme ont indiqué que la consommation aiguë et chronique d’alcool stimule la libération de dopamine dans le striatum ventral et dorsal. Cependant, la consommation chronique d’alcool réduit la disponibilité des récepteurs D2/3 dans le striatum, ce qui pourrait constituer une réduction compensatoire qui assure l’homéostasie de la neurotransmission dopaminergique centrale. Le sevrage chez l’alcoolodépendant induit rapidement une diminution de la libération de dopamine alors que la disponibilité et la sensibilité des récepteurs D2/3 de la dopamine augmentent pendant la première semaine de sevrage. Chez les sujets alcoolodépendants, le retard dans la restauration des niveaux de récepteurs D2 a été associé avec un risque accru de rechute et serait également associé avec un dysfonctionnement dopaminergique présynaptique persistant dans les premiers temps du sevrage. Par contre, la disponibilité du transporteur de la dopamine est réduite dans les premiers temps du sevrage, mais n’est plus différente des niveaux contrôles après plusieurs semaines d’abstinence.
Dans la présente étude, les auteurs ont exploré avec la technique de TEP l’interaction entre la production présynaptique de dopamine dans le striatum et la disponibilité des récepteurs D2/3 de la dopamine chez des patients alcoolodépendants récemment sevrés. Ils ont pour cela mesuré, dans le striatum, la capture de [18F]fluoro-L-DOPA (et plus précisément son élimination ou « clearance » du compartiment sanguin cérébral, puisque c’est un substrat de la DOPA décarboxylase), qui est un index de capacité de synthèse de dopamine. Ils ont aussi utilisé le [18F]desmethoxyfallypride pour cartographier la disponibilité des récepteurs D2/D3 de la dopamine. Cette étude a été réalisée sur 12 patients alcoolodépendants (hommes) et 13 sujets contrôles appariés en âge et en sexe. De manière très intéressante, les auteurs ont analysé la corrélation entre ces paramètres et l’intensité du craving (Alcohol craving questionnaire), ainsi qu’avec le risque de rechute avec un suivi des patients à six mois.
Les résultats montrent de manière inattendue que la capacité de synthèse dopaminergique striatale des patients alcoolodépendants n’est pas différente de celle de la population contrôle. Cependant, cette capacité de synthèse dopaminergique dans le putamen chez des patients alcoolodépendants est corrélée négativement avec l’intensité de craving pour l’alcool. La disponibilité des récepteurs D2/D3 est également corrélée négativement avec l’intensité de craving pour l’alcool. Enfin, l’intensité du craving pour l’alcool est associée avec une plus forte consommation d’alcool pendant la période de suivi de six mois.
Il est important de souligner qu’il existe quelques limitations dans cette étude. Les patients au moment du PET-scan pouvaient très bien ressentir un désir de consommer de l’alcool (plusieurs niveaux de craving). De plus, les corrélations observées n’indiquent en aucun cas un lien de causalité.
Au total, les résultats de cette étude montrent que le craving est associé à un risque accru de rechute et une faible capacité de synthèse dopaminergique dans le striatum. La libération de dopamine induite par l’alcool pendant la rechute pourrait compenser ce déficit de neurotransmission dopaminergique. La capacité de synthèse dopaminergique ainsi que la disponibilité des récepteurs D2/D3 sont corrélées négativement avec l’intensité du craving chez les patients alcoolodépendants abstinents. Cette étude indique que les perturbations de la transmission dopaminergique observée dans l’alcoolodépendance concernent à la fois le versant pré- et post-synaptique. Un déficit de la neurotransmission dopaminergique striatale semblerait donc bien contribuer au phénomène de craving pour l’alcool.

M. Naassila, PhD
mickael.naassila@u-picardie.fr
Groupe de Recherche sur l’Alcool et les Pharmacodépendances (GRAP), JE 2462, Amiens