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Diminuer la consommation d’alcool avec la buprénorphine ?

> Ciccocioppo R et al.
Buprenorphine reduces alcohol drinking through activation of the nociceptin/orphanin FQ-NOP receptor system
Biol Psychiaty 2006 2006 ; in press :


La buprénorphine, reconnue comme un agoniste partiel des récepteurs mu aux opiacés, présente également des propriétés agonistes/antagonistes des sous-types kappa et delta de ces récepteurs aux opiacés. Ce n’est que beaucoup plus récemment que des propriétés d’agoniste/agoniste partiel sur les récepteurs de la nociceptine/orphanine FQ (N/OFQ) ont été mises en évidence. L’effet modulateur des opiacés sur la consommation d’alcool est bien établi, et on sait par exemple que des modifications du système opioïdergique sont présentes chez les animaux sélectionnés génétiquement pour leur préférence élevée envers l’éthanol. Les faibles doses d’agonistes opioïdes augmentent la consommation d’alcool, alors que les plus fortes doses ont l’effet inverse. Les antagonistes opioïdes, quant à eux, diminuent de manière dose-dépendante la consommation d’alcool, et une méta-analyse récente supporte l’idée que la naltrexone est efficace dans le traitement de l’alcoolodépendance.
Les auteurs ont constaté que des patients héroïnomanes traités avec la buprénorphine leur rapportaient une diminution de leur motivation à consommer de l’alcool. De plus, différentes études ont montré que l’activation des récepteurs N/OFQ a une action anti-opioïde, et les auteurs ont déjà montré que l’administration de N/OFQ réduit la consommation d’alcool chez les rats msP sélectionnés génétiquement pour leur consommation élevée d’alcool. Les auteurs ont donc voulu tester dans le présent travail l’hypothèse que l’activation du système de la nociceptine (NOP) pourrait contribuer à l’effet suppresseur de la buprénorphine sur la consommation d’alcool et ainsi contrecarrer les actions opioïdergiques de la buprénorphine qui augmentent la consommation d’alcool. Ils ont donc analysé les effets de la buprénorphine sur la consommation volontaire d’éthanol (10 %) des rats alcoolopréférants msP et ont testé les effets de la naltrexone (antagoniste non sélectif des récepteurs aux opiacés) et du UFP-101 (agoniste sélectif NOP) pour disséquer pharmacologiquement les actions complexes de la buprénorphine.
Les résultats démontrent une action biphasique de la buprénorphine sur la consommation d’alcool avec une augmentation aux faibles doses (0,03 et 0,3 mg/kg) et une diminution à une dose plus élevée (3 mg/kg). A une dose plus élevée, la buprénorphine réduit encore la consommation d’alcool, mais de manière non spécifique puisque la consommation de nourriture est, elle aussi, diminuée. Le traitement avec la naltrexone à une dose qui ne modifie pas la consommation d’alcool prévient totalement l’augmentation de la consommation d’alcool induite par les faibles doses de bruprénorphine. De manière surprenante, la naltrexone ne bloque pas la réduction de la consommation d’alcool engendrée par les plus fortes doses de buprénorphine, suggérant ainsi que cette inhibition de la consommation d’alcool par les plus fortes doses de buprénorphine ne fait pas intervenir de mécanismes opioïdergiques. En revanche, cette diminution de la consommation induite par la buprénorphine est bloquée par l’administration centrale d’un antagoniste hautement sélectif de la NOP, le UFP-101, à une dose qui ne modifie pas la consommation d’alcool. A la dose la plus forte, le UFP-101 a même inversé l’effet de la buprénorphine 3 mg/kg qui a augmenté la consommation d’alcool au lieu de la diminuer, suggérant ainsi que le blocage complet de la NOP démasque les effets opposés de la buprénorphine via les récepteurs mu des opiacés ; l’activation des récepteurs mu et l’augmentation de la consommation d’alcool qui en résulte ne sont plus contrebalancées par la stimulation concomitante des récepteurs de la NOP. L’efficacité de la buprénorphine à réduire la consommation d’alcool serait due à l’activation des récepteurs de la NOP par la buprénorphine. Au regard de la littérature, les auteurs suggèrent également que cette action sur les récepteurs de la NOP jouerait aussi un rôle dans le faible pouvoir addicitif et le profil plus sûr (overdose, détresse respiratoire) de la buprénorphine.
Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives quant à l’utilisation de la buprénorphine dans l’alcoolodépendance et il semblerait particulièrement intéressant de tester la combinaison buprénorphine/naltrexone. Le blocage simultané des récepteurs mu des opiacés et l’activation des récepteurs de la NOP pourrait avoir un effet de synergie sur l’inhibition de la consommation d’alcool. Ces résultats montrent aussi qu’il semble préférable d’opter plutôt pour la buprénorphine que pour la méthadone qui, elle, augmente la consommation d’alcool (en stimulant les récepteurs mu des opiacés). Il reste également à vérifier si les meilleurs résultats obtenus en clinique avec les fortes doses de buprénorphine chez les patients héroïnomanes ne sont pas liés à un effet sur les récepteur de la NOP.

M. Naassila, PhD
mickael.naassila@u-picardie.fr
Groupe de Recherche sur l’Alcool et les Pharmacodépendances (GRAP), JE 2462, Amiens