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Athées, agnostiques et alcooliques anonymes

> Tonigan JS, Miller WR, Schermer C.
Atheists, agnostics and Alcoholics Anonymous.
J Stud Alcohol 2002 ; 63 : 534-541
Center on Alcoholism, Substance Abuse and Addictions (CASAA), University of New Mexico, USA)

On pourrait supposer que l'affiliation aux Alcooliques anonymes est liée à une forme de spiritualité. Une équipe spécialisée en addictologie de l'université du Nouveau Mexique a tenté d'approfondir cette hypothèse et son influence sur le sevrage en fonction de la croyance ou non en Dieu.
Leur étude rétrospective a utilisé le projet MATCH portant sur 774 patients en postcure et 952 en ambulatoire. Lors de cet essai clinique randomisé, trois types de traitements psychosociaux étaient proposés pendant trois mois : thérapie cognitivo-comportementale, thérapie de renforcement motivationnel ou de facilitation en douze étapes (comme les Alcooliques anonymes). Les croyances et pratiques religieuses étaient évaluées : 26 % étaient pratiquants, 57% étaient croyants, 10% étaient incertains, 5% agnostiques et 2,2% athées. Cet échantillon semble représentatif de la population générale des Etats Unis. Les patients agnostiques avaient plus d'années d'études que les autres.
Les athées et les agnostiques étaient moins engagés dans les activités des Alcooliques anonymes. Les sujets incertains sur l'existence de Dieu ont eu une consommation journalière, antérieure, plus importante et une dépendance plus sévère que les agnostiques.
Après les traitements, certains changements de croyance en Dieu étaient observés. En effet, on observait que seulement 55% des agnostiques le restaient après la prise en charge et 44% des incertains. Cette évolution était plus marquée avec une thérapie en douze étapes.
La fréquentation des agnostiques et des sujets athées aux Alcooliques anonymes était plus faible que les autres groupes : 65,4% des athées n'ont pas participé aux réunions, contre 28,7% chez les pratiquants et 35,2% chez les croyants (sur toute la période de l'étude). Les désengagements étaient plus forts chez les agnostiques.
La participation plus fréquente aux Alcooliques anonymes était associée à une amélioration de l'abstinence et à une baisse de la consommation quotidienne d'alcool à court (1 à 6 mois) et moyen terme (7 à 15 mois). Les sujets incertains sur leur croyance en Dieu étaient moins abstinents que les autres (pas de différence entre non croyants et croyants).
Finalement, la croyance en Dieu ne permet pas de prédire de façon significative les bénéfices d'un engagement dans un groupe d'Alcooliques anonymes. Les athées évitent les alcooliques anonymes et les agnostiques participent moins souvent, ou de manière discontinue. Cependant, certains ont pu améliorer leur abstinence sans participer. Les indications peuvent être pesées mais on peut encourager tout le monde à essayer, même s'il ne croit pas. Le support social apporté favorise l'abstinence. Les sujets incertains sont plus à risque de dépendance sévère, de rechute et de désocialisation. Avoir une position claire vis-à-vis de sa croyance en Dieu, donc une identité culturelle, semble être de meilleur pronostic.

Dr M-D. Colas Benayoun
Service de psychiatrie, HIA Percy, Clamart